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Khoutbah n°1105 : Les Maux de la Langue

Parmi les choses que les langues commettent et qui font que les gens seront jetés en enfer la tête la première, il y a la médisance et le fait de rapporter la parole des uns aux autres pour semer la discorde.

Khoutbah n°1105

Discours du vendredi 27 novembre 2020 correspondant au 12 rabi^ al-‘akhir 1442 de l’Hégire

Les Maux de la Langue

الحمد لله والصلاة والسلام على سيّدنا محمد رسول الله يا أيها الذين ءامنوا اتقوا الله

Al-hamdou lil-Lahi [1] wassalatou was-salamou ^ala sayyidina Mouhammad, raçouli l-Lah ; ya ‘ayyouha l-Ladhina ‘amanou t-taqou l-Lah.

La louange est à Dieu Qui a créé l’être humain et lui a donné une apparence harmonieuse, Qui lui a donné une forme particulière entre toutes et l’a doté de bienfaits étendus dont Il aurait pu le priver s’Il l’avait voulu, Qui lui a créé l’ouïe et la vue, l’a pourvu d’une langue et l’a rendu capable de prononcer, Qui lui a accordé la raison et l’a rendu responsable de ses actes dans l’au-delà. Que Dieu honore et élève davantage en degrés notre maître محمَّد Mouhammad l’élite de Sa création ainsi que sa famille pure et ses bons compagnons.

Mes frères de foi, les bienfaits que Dieu nous a accordés sont nombreux, au point que nous ne pouvons les énumérer. Dieu est Celui à Qui nous appartenons, Il est Celui à Qui appartiennent tous les bienfaits dont Il nous fait grâce. Il nous a ordonné de Le remercier pour ces bienfaits en nous abstenant de les utiliser dans ce qu’Il n’a pas autorisés de faire, c’est-à-dire de ne pas les utiliser dans ce que Dieu nous a interdit de faire. Par conséquent, mon frère musulman, tes biens sont un bienfait de la part de Dieu, ne les dépense pas dans une autre voie que celle que Dieu t’a autorisée… Ton corps est un bienfait, ne l’utilise pas dans la désobéissance à Dieu… Ta main est un bienfait, ne l’utilise pas dans ce que Dieu n’agrée pas… Ton pied est un bienfait, ne l’utilise pas pour marcher vers ce qui te ferait mériter le châtiment de Dieu… Ton œil est un bienfait, ne regarde pas avec ce que Dieu t’a interdit de regarder… Ton oreille est un bienfait, ne l’utilise pas pour écouter ce que Dieu t’a interdit d’écouter… Ta langue est un bienfait, ne l’utilise pas dans ce que Dieu t’a interdit de prononcer…

Mon frère musulman, fais preuve de piété à l’égard de Dieu, ne désobéis pas à Dieu en utilisant ce dont Il t’a fait grâce et t’a rendu propriétaire. En effet, si tu Lui désobéissais, tu serais injuste envers toi-même ; or Dieu n’agrée pas les injustes qui ont fait preuve d’injustice envers eux-mêmes en désobéissant à leur Seigneur. Mes frères de foi, la langue est un bienfait éminent par lequel Dieu a honoré l’être humain. Il rappelle dans القُرْءان le Qour’an honoré qu’Il lui en a fait grâce, en énumérant les bienfaits qu’Il a accordés à l’être humain. Dieu dit :

﴿ أَلَمۡ نَجۡعَل لَّهُۥ عَيۡنَيۡنِ ٨ وَلِسَانٗا وَشَفَتَيۡنِ ٩ ﴾

(‘alam naj^al lahou ^aynayn waliçanan wachafatayn)

[sourate 90 / versets 8 et 9]ce qui signifie : « Ne lui avons-nous pas accordé deux yeux, une langue et deux lèvres ? »

Toutefois, le danger de la langue est grand. Ses crimes ne sont pas en rapport avec sa taille, autrement dit, la langue est un organe de petites dimensions, mais les péchés qu’elle peut commettre sont immenses. Le Messager de Dieu, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, a beaucoup mis en garde contre les dangers de la langue. Il y a notamment ce qui a été authentifié dans les Sounan de At-Tirmidhiyy, que Mou^adh Ibnou Jabal avait interrogé le Messager de Dieu, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, en lui disant : « Ô Prophète de Dieu, aurons-nous des comptes à rendre sur ce que nous disons ? » il avait répondu :

(( ثَكِلَتْكَ أُمُّكَ يا مُعاذُ وهَلْ يَكُبُّ النّاسَ في النّارِ عَلَى وُجُوهِهِمْ أَوْ عَلَى مَناخِرِهِمْ إِلاَّ حَصائِدُ أَلْسِنَتِهِمْ ))

(thakilatka ‘oummouka ya Mou^adh wahal yakoubbou n-naça ^ala woujouhihim ‘aw ^ala manakhirihim ‘il-la hasa’idou ‘alsinatihim)

ce qui signifie : « Attention à ce que tu dis, ô Mou^adh, les gens seraient-ils jetés en enfer à plat ventre ou même la tête la première par autre chose que ce que leurs langues ont récolté ?! »

Ainsi, parmi les choses que les langues récoltent et qui font que les gens seront jetés en enfer la tête la première, il y a الغِيبَة al-ghibah –la médisance– et النَّمِيمَة an-namimah –le fait de rapporter la parole des uns aux autres pour semer la discorde–. Ces deux choses font partie des causes du supplice de la tombe. Par conséquent, si tu mentionnes ton frère musulman en son absence en citant ce qui est en lui et dont il n’aimerait pas qu’on parle, tu commets la médisance et tu as désobéi à ton Seigneur. Comme si tu dis par exemple qu’Untel a un mauvais comportement ou bien qu’il comprend mal ou qu’il est avare, que sa maison est sale, que ses enfants sont mal élevés, ou ce qui est de cet ordre. Dieu a assimilé la médisance au fait de consommer la chair de ton frère décédé. Dieu dit :

﴿ وَلَا يَغۡتَب بَّعۡضُكُم بَعۡضًاۚ أَيُحِبُّ أَحَدُكُمۡ أَن يَأۡكُلَ لَحۡمَ أَخِيهِ مَيۡتٗا فَكَرِهۡتُمُوهُۚ وَٱتَّقُواْ ٱللَّهَۚ إِنَّ ٱللَّهَ تَوَّابٞ رَّحِيمٞ ﴾

(wala yaghtab ba^doukoum ba^dan ‘ayouhibbou ‘ahadoukoum ‘an ya’koula lahma ‘akhihi maytan fakarihtoumouh wat-taqou l-Laha ‘inna l-Laha tawwaboun rahim)

[sourate 49 / verset 12]ce qui signifie : « Et ne faites pas de médisance les uns sur les autres. Est-ce que l’un de vous aimerait consommer de la chair de son frère mort ? [Non,] vous le détesteriez. Et faites preuve de piété à l’égard de Dieu. Certes Dieu est Celui Qui accorde le repentir et Qui fait beaucoup miséricorde aux croyants. »

Aimerais-tu que quelqu’un consomme ta chair une fois mort ou que toi, tu consommes la chair de ton frère musulman décédé ? Certainement, tu n’aimerais pas cela ! Alors, garde-toi de la médisance.

Quant à النَّمِيمَة an-namimah, elle consiste à rapporter les paroles des uns aux autres pour semer la discorde. C’est-à-dire le fait de rapporter la parole de quelqu’un à quelqu’un d’autre pour perturber la relation qu’il y a entre eux ; cela fait partie des grands péchés. En effet, le Messager de Dieu, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, a dit :

(( لا يَدْخُلُ الجَنَّةَ قَتّاتٌ ))

(la yadkhoulou l-jannata qattat)

[rapporté par Al-Boukhariyy] ce qui signifie : « N’entrera pas [directement] au Paradis quiconque pratique النَّمِيمَة an-namimah qui rapporte la parole des uns aux autres pour semer la discorde. » Cela signifie qu’il ne sera pas parmi les premiers à y entrer, car il aura mérité d’entrer en enfer.

Parmi les péchés que la langue récolte, il y a aussi le mensonge qui consiste à énoncer ce qui est contraire à la réalité délibérément tout en sachant que cela est contraire à la vérité. Alors garde-toi bien du mensonge, que tu sois sérieux ou que tu plaisantes. Tout cela est donc interdit. Il y a aussi le fait de jurer mensongèrement par Dieu. C’est un grand péché, car cela comporte un manquement à la glorification qui est due à Dieu. Et si celui qui y a recours portait atteinte au droit d’un musulman en jurant mensongèrement par Dieu, il mériterait un châtiment intense en enfer comme le Messager de Dieu, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, l’a annoncé, dans ce que Mouslim a rapporté de lui dans son صَحِيح Sahih.

Mon frère musulman, garde-toi bien du قَذْف qadhf –d’attribuer injustement la fornication ou ce qui est de cet ordre, à un musulman ou à quelqu’un de sa famille–, car c’est une cause qui pourrait te mener à ta perte. À notre époque, beaucoup de personnes osent accuser de fornication les musulmans, hommes ou femmes, en faisant le قَذْف qadhf. Ils disent : « Une telle est une fornicatrice » ou « Espèce de fils de fornicatrice » ou « Toi, le frère de la fornicatrice. » Au point qu’il est devenu difficile de sortir sans entendre ce genre de paroles laides et abjectes.

Et le Prophète, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, a dit :

(( اجْتَنِبُوا السَّبْعَ الْمُوبِقاتِ ))

(ijtanibou s-sab^a l-moubiqat)

[rapporté par Mouslim] ce qui signifie : « Évitez les sept péchés qui mènent à la perte. »

Parmi eux, il a mentionné le fait d’accuser de fornication une femme croyante et chaste.

Il y a également parmi ces péchés qui font partie des crimes que la langue peut commettre, le fait d’insulter un musulman sans droit ; c’est un grand péché. Le Prophète, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, a dit :

(( سِبابُ الْمُسْلِمِ فُسُوقٌ ))

(sibabou l-mouslimi fouçouq)

[rapporté par Al-Boukhariyy] ce qui signifie : « Insulter un musulman est un grand péché. »

Or malheureusement, cela fait partie des choses que de nombreuses personnes commettent très facilement. Alors mon frère musulman, garde-toi bien d’insulter un musulman sans droit et préserve ta langue. Le Prophète, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, a dit :

(( الْمُسْلِمُ مَنْ سَلِمَ الْمُسْلِمُونَ مِنْ لِسانِهِ ويَدِهِ ))

(al-mouslimou man salima l-mouslimouna min liçanihi wayadih)

[rapporté par Al-Boukhariyy] ce qui signifie : « Le musulman [accompli] est celui dont les musulmans sont préservés de sa langue et de sa main. »

Quant à celui qui n’est pas ainsi, il ne sera pas un musulman accompli. S’il l’insulte en le maudissant comme en disant : « que Dieu maudisse Untel » c’est-à-dire en demandant que Dieu l’éloigne du bien, c’est encore plus grave que de l’insulter seulement. Le Prophète, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, a dit, parmi ce qu’a rapporté Al-Bayhaqiyy dans ses Sounan :

(( لَعْنُ الْمُسْلِمِ كَقَتْلِهِ ))

(la^nou l-mouslimi kaqatlih)

ce qui signifie : « Maudire un musulman, c’est comme le tuer ! » ceci pour montrer la gravité du péché qu’il y a à le faire.

Parmi les calamités de la langue, il y a se moquer d’un musulman en disant des paroles qui le rabaissent. Cela rentre dans le fait de nuire sans droit à un musulman. De nos jours, un grand nombre de gens le font. Toutefois, parmi les plus grands dangers qui puissent survenir à la langue, il y a la mécréance. Que Dieu, nous en préserve !

Mon frère musulman, ce qui précède indique clairement le danger qui peut provenir de la langue, alors œuvre donc, que Dieu te préserve ainsi que moi-même, conformément à ce qu’a dit le Messager de Dieu, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté :

(( مَنْ صَمَتَ نَجا ))

(man samata naja)

ce qui signifie : « Celui qui sait garder le silence est sauvé ! »

Et applique donc ce qu’a dit notre maître عَبْدُ الله ^Abdou l-Lah Ibnou Mas^oud qui a pris sa langue et s’est adressé à elle en disant : « Ô langue, dis du bien et tu gagneras et abstiens-toi de dire du mal, tu seras sauvée, et fais-le avant de le regretter, car j’ai entendu le Messager de Dieu, que Dieu l’honore davantage et qu’Il le préserve de ce qu’il craint pour sa communauté, dire :

(( أَكْثَرُ خَطايا ابْنِ ءادَمَ مِن لِسانِه ))

(‘aktharou khataya bni ‘Adama min liçanih)

[rapporté par AtTabaraniyy et d’autres] ce qui signifie : « La plupart des péchés du fils de آدم Adam provient de sa langue. »

Alors mon frère musulman, prends bien garde de rabaisser ton frère musulman par des paroles que tu pourrais trouver faciles à prononcer, mais qui seront une cause de châtiment en enfer au Jour du jugement. Garde-toi d’insulter un musulman ou de le maudire sans droit, sinon tu en retrouveras les conséquences le jour où plus personne ne pourra protéger autrui. De même, garde-toi de faire la médisance d’un musulman, car cela pourrait être la cause de ton supplice dans ta tombe. Garde-toi d’accuser un musulman ou une musulmane de fornication, car cela serait une cause de ta perte dans l’au-delà. Quelqu’un de raisonnable, c’est quelqu’un qui contrôle sa langue et qui pèse ce qu’il va dire avant de parler. Tout ce qu’il dira sera inscrit par les deux anges qui sont chargés de le faire. Dieu dit :

﴿ إِذۡ يَتَلَقَّى ٱلۡمُتَلَقِّيَانِ عَنِ ٱلۡيَمِينِ وَعَنِ ٱلشِّمَالِ قَعِيدٞ مَّا يَلۡفِظُ مِن قَوۡلٍ إِلَّا لَدَيۡهِ رَقِيبٌ عَتِيدٞ وَجَآءَتۡ سَكۡرَةُ ٱلۡمَوۡتِ بِٱلۡحَقِّۖ ذَٰلِكَ مَا كُنتَ مِنۡهُ تَحِيدُ وَنُفِخَ فِي ٱلصُّورِۚ ذَٰلِكَ يَوۡمُ ٱلۡوَعِيدِ وَجَآءَتۡ كُلُّ نَفۡسٖ مَّعَهَا سَآئِقٞ وَشَهِيدٞ لَّقَدۡ كُنتَ فِي غَفۡلَةٖ مِّنۡ هَٰذَا فَكَشَفۡنَا عَنكَ غِطَآءَكَ فَبَصَرُكَ ٱلۡيَوۡمَ حَدِيدٞ ﴾

[sourate 50 / versets 17 à 22](‘idh yatalaqqa l-moutalaqqiyani ^ani l-yamini wa^ani ch-chimali qa^id ; ma yalfidhou min qawlin ‘il-la ladayhi raqiboun ^atid ; waja’at sakratou l-mawti bil-haqqi dhalika ma kounta minhou tahid ; wanoufikha fi ssouri dhalika yawmou l-wa^id ; waja’at koullou nafsin ma^aha sa’iqoun wachahid ; laqad kounta fi ghaflatin min hadha fakachafna ^anka ghita’aka fabasarouka l-yawma hadid)

Après avoir tenu mes propos, je demande à Dieu qu’Il me pardonne ainsi qu’à vous-mêmes.

Second Discours[1] :

الحمد لله والصلاة والسلام على سيدنا محمّد رسول الله يا أيّها الذين آمنوا اتّقوا الله

اللهم اغفِرْ للمؤمنين والمؤمنات

Al-hamdou lil-Lahi wassalatou was-salamou ^ala sayyidina محمد Mouhammadin raçouli l-Lah ;
ya ‘ayyouha l-ladhina ‘amanou t-taqou l-Lah
.

Allahoumma ghfir lil-mou’minina wal-mou’minat.

[1] Il s’agit des piliers selon Ach-Chafi^iyy pour ceux qui seraient amenés à donner le discours entièrement en français. Les piliers devraient être dits en arabe.