Eviter les péchés Khoutbah

Khoutbah n°1096 : Gardez-vous bien de donner des avis de religion sans science

Celui qui donne aux gens des jugements sans science, correspondant à son avis personnel et à ses passions, c’est quelqu’un qui va à sa perte!

Khoutbah n°1096

Discours du vendredi 25 septembre 2020 correspondant au 8 safar 1442 de l’Hégire

Gardez-vous bien de donner des avis de religion sans science

Al-hamdou lil-Lahi [1] wassalatou was-salamou ^ala sayyidina Mouhammad, raçouli l-Lah ; ya ‘ayyouha l-Ladhina ‘amanou t-taqou l-Lah.

La louange est à Allah Qui a enseigné à l’être humain ce qu’il ne savait pas, Qui a fait que cette religion ait des hommes qui donnent des avis de jurisprudence avec science et qui, lorsqu’ils ne savent pas, ne passent pas à côté de la parole « Je ne sais pas. » Nous demandons que Allah nous préserve du mal de nos âmes et de nos mauvaises œuvres. Celui que Allah guide, nul ne peut l’égarer, et celui qu’Il égare, nul ne peut le guider.

Je témoigne qu’il n’est de dieu que Allah, qu’Il est le dieu unique et qu’Il n’a pas d’associé, qu’Il n’a pas de semblable et que rien ne Le rend incapable, que les imaginations ne L’atteignent pas et que les compréhensions ne Le cernent pas, qu’Il n’a pas de ressemblance avec les gens.

Je témoigne que notre maître Mouhammad est Son esclave élu, Son Prophète agréé et Son Messager élevé en degré, qu’il est le Dernier des prophètes et l’Imam des pieux, le Maître des envoyés et le Bien aimé du Seigneur des mondes. Que Allah honore et élève davantage en degré Mouhammad, ainsi que sa famille pure et ses bons compagnons, et que Allah préserve sa communauté de ce qu’il craint pour elle.

Après cette introduction, je vous recommande ainsi qu’à moi-même, de faire preuve de piété à l’égard de Allah Al-^Aliyy, Al-^Adhim, faites preuve de piété à Son égard, craignez-Le, ordonnez-vous les uns les autres d’accomplir ce qu’Il nous ordonne, et abstenez-vous de ce qu’Il a interdit, persévérez sur la bonne guidée du Prophète Mouhammad, que lui soit accordé la plus grande élévation en degré et l’apaisement le plus complet quant au sort de sa communauté.

Sachez, chers frères de foi, que Allah soubhanahou wata^ala interroge Son esclave au Jour du jugement sur l’usage qu’il aura fait de sa parole, de son ouïe, de sa vue et de son cœur et sur le fait d’avoir dit dans le bas monde : telle chose est permise et telle chose n’est pas permise.

Notre Seigneur tabaraka wata^ala dit dans le Qour’an Honoré :

﴿ وَلَا تَقۡفُ مَا لَيۡسَ لَكَ بِهِۦ عِلۡمٌۚ إِنَّ ٱلسَّمۡعَ وَٱلۡبَصَرَ وَٱلۡفُؤَادَ كُلُّ أُوْلَـٰٓئِكَ كَانَ عَنۡهُ مَسۡ‍ُٔولٗا ﴾

(wala taqfou ma layça laka bihi ^ilmoun ‘inna s-sam^a wal-basara wal-fou’ada koullou ‘oula’ika kana ^anhou mas’oula)

[sourat Al-‘Isra’ / 36] ce qui signifie : « Ne dis pas des choses dont tu n’as pas connaissance ; certes l’ouïe, la vue et le cœur, sur chacun d’eux l’esclave sera interrogé à leur sujet » c’est-à-dire : ne dis pas des paroles sans science. Ainsi, donner des avis –fatwa– sans science, fait partie des grands péchés.

Le Hafidh Ibnou ^Açakir, dans Mou^jam Chouyoukhi bni ^Açakir, a rapporté que le Messager de Allah salla l-Lahou ^alayhi wasallam a dit :

(( مَنْ أَفْتَى بِغَيْرِ عِلْمٍ لَعَنَتْهُ مَلاَئِكَةُ السَّمَاءِ وَالأَرْضِ ))

(man ‘afta bighayri ^ilmin la^anat-hou mala’ikatou s-sama’i wal-‘ard)

ce qui signifie : « Celui qui donne un avis sans science, les anges du ciel et de la Terre le maudissent. »

S’il en est ainsi, chers frères de foi, alors, que veut dire donner un avis avec science ? Soyez bien attentifs à ce que je vous dis, celui qui donne un avis –une fatwa– soit il est lui-même un savant du plus haut degré capable de déduire les jugements à partir des textes, et c’est donc un moujtahid, soit il ne l’est pas et c’est donc un mouqallid qui doit se limiter aux fatwa d’un moujtahid, soit c’est quelqu’un qui ose donner des jugements sans science.

Un moujtahid, c’est quelqu’un qui a l’aptitude à faire l’ijtihad, c’est-à-dire qu’il lui est permis de le faire en fonction de qualités bien précises et de conditions bien particulières qu’il lui est indispensable de réunir en lui. Or ce sont des qualités et des conditions qui ne sont pas présentes chez la majorité des gens de cette époque.

L’Imam Ach-Chafi^iyy que Dieu lui fasse miséricorde a dit que quelqu’un ne sera apte à faire l’ijtihad qu’après avoir connu les traditions rapportées qui l’ont précédé, les paroles des salaf, l’unanimité des gens et les divergences des savants afin de ne pas aller à l’encontre de l’unanimité ainsi que la langue des arabes et les significations de ce qui est parvenu dans les textes de l’enseignement révélé conformément à la parole des arabes. Il est une condition que le moujtahid connaisse par cœur les versets portant sur les jugements pratiques et les hadith portant sur les jugements pratiques, en connaissant leurs chaînes de transmission ainsi que l’état des gens qui composent ces chaînes de transmission, en connaissant aussi les textes qui abrogent et ceux qui sont abrogés, ce qui a une portée générale et ce qui est particulier, ce qui est absolu et ce qui est restreint par une condition, sans compter une capacité intellectuelle exceptionnelle, c’est-à-dire une très forte compréhension et une grande sagacité, avec la rectitude, c’est-à-dire qu’il soit digne de confiance.

Un tel homme, quand il donne une fatwa, il donne un avis en fonction de son effort de déduction, de son ijtihad.

Où va-t-on trouver quelqu’un qui réunit toutes ces caractéristiques dans cette époque ? Et si quelqu’un ne présente pas ces caractéristiques, il doit donc se baser sur les avis d’un Imam moujtahid, c’est-à-dire qu’il doit rapporter la parole d’un moujtahid sur la question.

Quant à celui qui prétend avoir un degré qu’il n’a jamais atteint, et qui se met à donner aux gens des jugements sans science, il se met à donner des jugements qui correspondent à son avis personnel et à ses passions, c’est quelqu’un qui va à sa perte, un traître que Allah tabaraka wata^ala dévoilera dans le bas monde avant l’au-delà, tout comme notre Imam Ach-Chafi^iyy, que Allah l’agrée, a dit : « Celui qui se place lui-même au-dessus de sa propre valeur, Allah ta^ala le ramènera à sa juste valeur. »[1]

Alors gardez-vous bien de donner des jugements sans science, que vous soyez homme ou femme. Ne passez pas à côté de la parole : « Je ne sais pas », car cette parole, « Je ne sais pas » représente la moitié de la science.

Vous avez en la personne du Messager de Allah un excellent modèle, puisque dans le hadith, un homme avait interrogé le Prophète salla l-Lahou ^alayhi wasallam à propos du meilleur des endroits et du pire des endroits. Le Messager salla l-Lahou ^alayhi wasallam avait dit :

(( لا أَدْرِي حتّى أسأَلَ جِبريل ))

(la ‘adri hatta ‘as’ala Jibril)

[rapporté par Al-Bayhaqiyy dans As-Sounanou l-Koubra] ce qui signifie : « Je ne sais pas, jusqu’à ce que je demande à Jibril. »

Puis la révélation est parvenue au Messager de Allah salla l-Lahou ^alayhi wasallam que les meilleurs des endroits sur Terre sont les mosquées et que parmi les pires des endroits sur Terre, il y a les marchés.

Parmi les causes majeures de la diffusion de l’ignorance et des mauvaises compréhensions chez les gens, il y a justement le fait de donner des fatwa sans science et de demander des fatwa aux ignorants et à ceux qui prétendent la science.

Dans le hadith sahih, authentifié, du Messager de Allah salla l-Lahou ^alayhi wasallam, il y a :

(( إِنَّ اللهَ لا يقْبِضُ العِلمَ انْتِزاعًا يَنْتَزِعُهُ مِنَ العِبادِ ولكِنْ يَقْبِضُ العِلْمَ بِقَبْضِ العُلَماءِ حتّى إِذا لَمْ يُبْقِ عالِمًا اِتَّخَذَ الناسُ رُؤَسَاءَ جُهّالًا فسُئِلُوا فَأَفْتَوا بِغَيرِ عِلمٍ فَضلُّوا وأَضَلُّوا ))

(‘inna l-Laha la yaqbidou l-^ilma ntiza^an yantazi^ouhou mina l-^ibadi walakin yaqbidou l-^ilma biqabdi l-^oulama’i hatta ‘idha lam youbqi ^alima ‘ittakhadha n-naçou rou’aça’a jouhhalan façou’ilou fa’aftaw bighayri ^ilmin fadallou wa‘adallou)

ce qui signifie : « Allah n’enlève pas la science en l’arrachant des esclaves, mais Il enlève la science en faisant mourir les savants, au point que lorsqu’il n’en restera plus aucun, les gens éliront à leur tête des ignorants qui seront interrogés et qui répondront en donnant des avis sans science, ils s’égareront ainsi et ils égareront autrui. »

Le Messager de Allah salla l-Lahou ^alayhi wasallam, dans ce hadith, n’a pas donné d’excuse à celui qui donne des avis sans science, ni à celui qui demande des avis à un ignorant. Le premier en raison du fait qu’il a donné des avis sans science ; le deuxième parce qu’il a demandé à celui qui ne mérite pas d’être interrogé.

Le Hafidh An-Nawawiyy, que Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Il n’est pas permis de demander la fatwa à quelqu’un d’autre qu’à un savant digne de confiance. » Ceci a été cité dans Mouqaddimatou l-Majmou^.

La voie de la sauvegarde, c’est de se préserver d’abord nous-mêmes, avant de donner un avis de jurisprudence, et de nous rappeler que nous avons devant nous le Paradis et l’enfer. Si la réponse à la question est claire pour nous, comme la clarté du soleil au milieu du ciel, on répond, sinon on ne répond pas. On ne donne aucun avis à partir de ses passions, car celui qui suit ses passions court à sa perte et chutera.

Combien trouvons-nous de gens à notre époque, qui ne reviennent pas aux preuves légales, qui ne se réfèrent pas aux textes du Qour’an et du hadith, ni aux paroles des savants moujathid qui ont donné des avis, mais ne font que donner des avis concordant avec ce que leur montre leurs passions, ils pèsent cela avec des balances que leur a embellies leur qarin parmi les chaytan. Certes nous appartenons à Allah et nous reviendrons à la vie pour Son jugement, il n’est de protection contre la désobéissance à Allah que par Sa préservation et il n’est de force pour Lui obéir que par Son aide.

Nous demandons à Allah qu’Il préserve en nous notre religion qui est notre capital, qu’Il fasse que nous soyons de ceux qui savent s’arrêter aux limites de la Loi. Et la meilleure des conclusions, c’est que je demande à Allah qu’Il nous accorde une fin heureuse, ô Toi Allah le plus miséricordieux des miséricordieux.

Ayant tenu mes propos, je demande que Allah Al-^Adhim me pardonne, ainsi qu’à vous-mêmes.

Deuxième discours[2] :

Al-hamdou lil-Lahi wassalatou was-salamou ^ala sayyidina Mouhammadin raçouli l-Lah ;

 ya ‘ayyouha l-ladhina ‘amanou t-taqou l-Lah.

Allahoumma ghfir lil-mou’minina wal-mou’minat.

Après cette introduction, esclaves de Allah, je vous recommande ainsi qu’à moi-même, de craindre Allah Al-^Aliyy Al-^Adhim. Effectivement, obéissez-Lui en accomplissant les obligations et en vous gardant des interdits et sachez que nous rendrons des comptes dans l’au-delà sur ce que nous aurons dit comme bien ou comme mal. Allah ta^ala dit :

﴿ مَّا يَلۡفِظُ مِن قَوۡلٍ إِلَّا لَدَيۡهِ رَقِيبٌ عَتِيدٞ ﴾

(ma yalfidhou min qawlin ‘il-la ladayhi Raqiboun ^Atid)

[sourat Qaf / 18] ce qui signifie : « L’esclave ne prononce pas une parole sans que soient auprès de lui Raqib et ^Atid. »

Esclaves de Allah, le fait de donner un avis religieux sans science fait partie des grands péchés et risque de conduire celui qui se laisse aller à le faire, à la mécréance, que Allah nous en préserve et nous accorde de terminer notre vie sur la foi complète.

[1] Voir le Majmou^, Commentaire du Mouhadhdhab, tome 1 page 13.

[2] Il s’agit des piliers selon Ach-Chafi^iyy pour ceux qui seraient amenés à donner le discours entièrement en français. Les piliers devraient être dits en arabe.

 

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